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Cela fait maintenant un mois et demi que Laurie est sortie de l'hôpital. Il était temps après un an et deux mois de services de réanimation, le moment est venu pour nous tous de reprendre une vie normale. Enfin presque normale, puisque Laurie n'est pas encore au bout de ses peines. Elle a encore besoin d'oxygène toute la journée et elle est ventilée la nuit. Cela comprend des soins infirmiers quotidiens. Eh oui, par amour pour nos enfants on peut même se transformer en infirmière. Finalement tout s'apprend. Elle a de la kiné respiratoire tous les jours et une puéricultrice vient la voir régulièrement pour s'assurer de la bonne évolution de sa santé.
Je profite de ce témoignage pour dire à tous les parents qui ont un enfant "malade" qu'il est possible de bénéficier de l"Allocation de l'éducation spéciale. Il suffit pour cela d'en faire la demande au près du Centre Départemental d'Éducation Spéciale, CDES, (l'équivalant de la COTOREP pour les enfants). On pense souvent que seuls les handicapés moteurs peuvent être reconnus comme tel. Un enfant qui ne peut pas fréquenter les circuits classiques d'éducation et de garde (crèches, nourrices, halte jeux, écoles etc.) sont également reconnus handicapés quelque soit leur problème (définitif ou temporaire, moteur, mental, respiratoire, alimentaire ou encore maladies chroniques).
Bref, son retour ne s'est pas fait sans mal et à tous les niveaux. Nous n'étions pas inquiets en ce qui concerne les soins. Nous avions eu une bonne formation à l'hôpital et du temps pour nous entraîner. Les quelques week-ends de permission nous ont permis de nous organiser, d'installer le matériel et de prendre nos repères. Clémence a très mal vécu ces permissions. A chaque fois que Laurie repartait à l'hôpital elle répétait pendant des heures "Lili pati ambulance". Le lendemain matin elle était invivable, elle réclamait des câlins sans cesse, râlait pour un oui ou un non. Cette situation était déjà difficile à vivre, mais là, elle devenait carrément impossible.
Pour rendre les choses encore plus difficiles, Laurie est rentrée avec une infection virale (une sorte de grippe) qui à première vue paraissait banale mais qui a dégradé son état de santé progressivement pendant 15 jours. Du coup, elle nécessitait de plus en plus de soins, se réveillait la nuit en toussant et réveillait sa sœur par la même occasion, et pendant ce temps là on avait un défilé permanent de soignants à la maison : le pédiatre, le kiné, la puér, etc. Tout cela était trop pour Clémence. "Comment ! Tous ces gens qui s'occupent de ma sœur et que de ma sœur. Et moi alors." Elle criait de tout son être et de toutes les façons possibles son désarroi. Et nous dans tout ça, épuisés par des nuits blanches, par l'inquiétude et le débordement, on n'entendait rien. Inconsciemment, on repoussait l'inévitable : la ré hospitalisation. Eh oui, de nouveau, aller-retour quotidiens maison hôpital et tout ce qui va avec, mais cette fois-ci cela n'a duré qu'une semaine.
Laurie est revenue en pleine forme, un rythme de croisière s'est installé, et heureusement car les vacances de papa touchaient à leur fin. Je me suis demandée comment j'allais gérer tout ça. Finalement on ne s'en sort pas si mal. On retrouve un peu la situation d'après naissance : tout est question d'organisation.
Quant à la relation de sœur, elle a évolué au fur et à mesure. Laurie a pris ses marques, nous avons retrouvé les joies et les galères de la relation de 2 jumelles de 2 ans. Parfois elles sont très complices (surtout quand il s'agit de faire des bêtises) et jouent très bien ensemble, parfois elles se chamaillent toute la journée, ou encore elles se collent à mes jambes comme de la glue. Heureusement que j'en ai deux (des jambes).
Toutes ces difficultés mises à part, cette situation a du bon. Elles sont très différentes toutes les deux. Déjà sur le plan moteur elles ne sont pas au même niveau. Laurie ne marche pas encore, ne parle quasiment pas, et ne mange pas. Clémence parle très bien, elle connaît même tous les termes techniques concernant la maladie de sa sœur. Elle accepte assez mal cette différence. Au début elle ne mangeait plus grand chose. Il a fallu lui expliquer pourquoi sa sœur ne mangeait pas et valoriser le fait qu'elle mange très bien. J'avais commencé l'apprentissage de la propreté quelques temps avant le retour de Laurie. Cela avait très bien marché et avec la méthode citée dans le dernier Maxi Mômes elle a été propre en deux jours. Quand Laurie est rentrée, elle a boudé le pot. Elle ne comprenait pas pourquoi on lui demandait d'être propre alors qu'on prenait toujours le temps de changer la couche de Laurie. Elle avait trouvé que faire pipi dans la culotte était bien mieux puisque cela nous obligeait à nous occuper d'elle. Après plusieurs semaines de "prise de tête" nous lui avons remis une couche et avons laissé le pot au placard. Clémence a décidé qu'elle serait propre quand sa sœur sera prête à l'être aussi. Bon, soit. On respecte ce désir. Tant pis pour le porte monnaie.
Elle prend beaucoup soin de sa sœur. A chaque fois qu'on lui donne quelque chose elle réclame le double pour le donner à Laurie. Quand Laurie se fait disputer et pleure elle se précipite vers elle les bras ouverts en disant "câlin Laurie". Elle la protège des autres.
Laurie a une toute autre attitude. Elle passe beaucoup de temps à piquer les jouets des mains de Clémence. Elle essaie de combler la différence et d'imiter sa sœur dans tout ce qu'elle fait. Elle a fait beaucoup de progrès sur le plan moteur grâce à ça. Quand elles se disputent, c'est toujours elle qui gagne. C'est assez drôle de voir comment elle mène le jeu pendant que sa sœur l'assiste en lui apportant des choses, en faisant attention à son tuyau d'oxygène ou en portant sa pompe de gavage quand elle se déplace.
Tout ça me faire dire que c'est merveilleux d'avoir des jumeaux, malgré tous les problèmes liés à cet état. Je me dis aussi que j'ai de la chance d'avoir un mari merveilleux qui est très disponible, qui s'occupe des filles et m'aide énormément. Après tout, on les a fait à deux et maintenant on assume à deux.
Et le troisième dans tout ça ? J'ai toujours dis que je voudrais essayer rien que pour voir ce que c'est que d'avoir une grossesse simple, sans histoire, de n'avoir qu'un bébé qui pleure la nuit et d'avoir le temps de lui faire plein de câlins sans penser que pendant ce temps l'autre attend son tour. Et s’il y en avait encore deux ? Ou pire encore si c'était des triplés ? Je ne préfère pas y penser et remettre cette idée à plus tard. On a le temps après tout.
Cécile Haillot, septembre 1999
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