03-09-2010
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La scolarité des multiples Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

La fréquence des naissances gémellaires se situant aux alentours de 1%, même dans les plus petites maternelles, la probabilité de rencontrer au moins un couple de jumeaux existe. Les jumeaux fascinent – surtout ceux que l’on appelle les «vrais» jumeaux (ou monozygotes) –, et bien souvent interrogent les adultes qui les côtoient : parents en premier lieu, bien sûr, mais aussi enseignants. Ce dossier n’est pas là pour apporter la recette miracle de la scolarité réussie des multiples. Tout comme nos enfants sont des individus à part entière, il existe autant de recettes que de multiples scolarisés. Nous espérons néanmoins que vous trouverez certaines réponses à vos questions dans ce dossier rédigé en collaboration avec des spécialistes reconnus de la psychologie des multiples.

Comment nous, parents de multiples, avons-nous vécu la scolarité de nos bambins ?

Nous allons tout d’abord vous faire un petit résumé des différentes études réalisées sur la scolarité des multiples depuis … 20 ans !!!

I. Un peu d’histoire…

Rappelons-nous les connais-sances d’il n’y a pas encore si longtemps !!! Les articles reproduits ci dessous, bien qu’anciens nous ont paru suffisamment intéressants et toujours d’actualité pour les intégrer à notre dossier concernant la scolarité.

Extrait d’un entretien, du 28 octobre 1986, réalisé par Madame Gisèle Mangiavillano (ADEPNM des Bouches du Rhône, devenu Jumeaux et Plus) avec Monsieur le Professeur ZAZZO.

Question : Faut-il séparer les jumeaux à l’école ?:

Réponse : «Oui, car il faut faire en sorte qu’ils ne soient pas gênés par leur autosuffisance. Des principes généraux pour les parents et les éducateurs font qu’on doit se prémunir contre l’isolement du couple. Le couple est un obstacle qui leur fait plaisir. L’expérience montre que ce type de séparation s’arrange toujours : ils ont la possibilité de se retrouver à la récréation. Il faut aider les jumeaux monozygotes à se différencier. Le problème est autre pour les dizygotes, de même sexe ou de sexe différent. Séparation également, mais pour des raisons différentes, voire inverses. Il faut éviter de créer une hiérarchie scolaire dans la même classe et surtout entre jumeau-jumelle. Dans la majorité des cas, la fille est plus performante que le garçon, même à intelligence égale. C’est alors, surtout dans la même classe, l’infériorisation, l’humiliation de l’enfant qui réussit le moins bien.

Question : Si on se réfère à vos études sur le rapport entre le poids de naissance et le QI des jumeaux, chaque instituteur ne devrait-il pas avoir un dossier complet sur la naissance de ces enfants-là (accouchement, poids, taille, rang d’arrivée au monde…)?

Réponse : Le poids de naissance est facteur mineur quant au développement intellectuel. D’ailleurs, il n’intervient qu’au dessous d’un certain seuil (probablement au-dessous de 2 kg). Par ailleurs, ce n’est pas le poids de naissance qui compte, mais le degré excessif de prématurité et ce qui lui est lié : accident à la naissance, anorexie, couveuse… Je ne suis pas partisan d’informer les enseignants sur les antécédents des écoliers. Les informations risquent d’être interprétées dans un esprit «déterministe» trop strict. La question se pose d’ailleurs pour tout enfant, non seulement pour les jumeaux (cela concerne le médecin, pas l’enseignant) Et sauf, pour les cas graves, les facteurs éducatifs sont beaucoup plus puissants que les facteurs physiopathologiques.

Question : Peut-on dire que lorsqu’on a un jumeau ou un couple dans sa classe, on le ou les considère comme les autres enfants, mais qu’en plus on doit tenir compte de la dynamique de ce couple pour comprendre cet individu ? (un peu comme si nous fonctionnions à deux niveaux).

Réponse : Oui, il faut considérer les jumeaux comme les autres élèves. Veiller tout à la fois à développer en chacun des jumeaux sa singularité et cependant à neutraliser, autant qu’il est possible, une rivalité hiérarchique entre eux.

Question : Monsieur SIEYE Profes-seur de Psychologie/sociologie à l’Université de Nice affirme que les enfants issus d’une naissance multiple et à catégories socio professionnelles égales, sont moins performants d’un point de vue scolaire et social que les autres enfants. Donnez-vous des explications à ce phénomène ?

Réponse : Le constat de ce professeur est exact, mais il s’agit d’en donner une explication exacte. J’ai moi-même publié des tableaux qui ont souvent été interprétés de travers. Sur ces tableaux on lit que le quotient intellectuel des populations de jumeaux est légèrement inférieur à la moyenne, à la norme (93 environ par rapport à la norme : 100 par définition). Alors, deux remarques : la première est qu’il ne faut pas dire que les jumeaux ont un retard d’intelligence. Le retard indiqué par ce chiffre de 93 n’est qu’une vérité de moyenne. La majorité des jumeaux ont une intelligence normale, voire supérieure à la normale. deuxième remarque : pour ceux qui sont nettement au-dessous de la norme, j’en ai trouvé la raison : c’est le jargon gémellaire (la cryptophasie) que la situation gémellaire peut créer dans la prime enfance, si l’on n’y prend pas garde. A partir de la cryptophasie, on observe parfois un enchaînement de conséquences : retard du langage, retard de développement intellectuel et de la sociabilité, retard scolaire. Mais cet enchaînement n’est pas fatal. La cryptophasie n’est pas inscrite dans la gémellité, dans le patrimoine génétique des jumeaux. Elle est due, je le répète, à leur situation particulière. Il suffit que les parents en soient informés, qu’ils parlent à leurs jeunes jumeaux comme à des enfants ordinaires. Qu’ils ne cultivent pas la confusion gémellaire, comme ils le font trop souvent, par fierté d’avoir des jumeaux “La relation parents-enseignants et les jumeaux”

Extraits d’articles «parent/Teacher CO-opération to help Twins At school» de janvier 1987 et de juin 1988.

C ’est invariablement une chose de voir des adultes jumeaux habillés de la même façon et qui vont à leur travail ensemble. Peut être que l’aspect le plus choquant est le sentiment qu’ils sont une unité et que de ce fait, si on les sépare, chaque partie sera diminuée. C’est une forme extrême d’une relation de jumeaux adultes. A l’autre bout de l’image, il y a deux adultes qui fonctionnent en tant qu’individus, sans aucune référence à l’autre. Il se peut qu’ils apprécient encore une relation particulière avec leur jumeau, mais le contraire est possible aussi.

Le but de ce texte est de fournir une base pour la coopération parents/professeurs afin de donner aux jumeaux, les mêmes opportunités qu’ont les enfants singuliers de développer pleinement à l’école leur potentiel et leur individualité. Les jumeaux sont un fait assez rare, même si les chiffres sont en constante augmentation, pour que les professeurs n’aient qu’une expérience limitée pour traiter leurs besoins spéciaux. Ces besoins vont dépendre largement de l’intimité de leur relation, de leurs ressemblances, de leurs différences et de la façon dont ils ont été encouragés pour être autonomes.

Les parents souhaitent donner à chacun de leurs jumeaux les mêmes opportunités qu’un enfant singulier a à sa disposition, de développer leur potentiel et de pouvoir apprendre à fonctionner seuls et finalement agir comme des adultes. Quand ils commencent à aller à l’école, certains jumeaux peuvent très bien n’avoir aucune expérience de se comporter en tant qu’individus dans la société. Une coopération étroite entre parents et professeurs peut alerter les uns comme les autres sur toute difficulté qui peut empêcher leur apprentissage ou leur développement social.

Quand ils prennent des décisions pour leurs enfants, les parents des enfants «singuliers» se posent uniquement la question «qu’est-ce qui est le mieux?» alors que les parents de jumeaux ou de triplés se posent nécessairement les questions «qu’est-ce qui est le mieux pour B seulement?», et qu’est-ce qui est le mieux pour A et B ensemble ou A,B et C» ? Une autre décision plus complexe. Alors que la plupart des parents envisage que leurs jumeaux soient placés dans des classes différentes au niveau du cycle secondaire, beaucoup par contre ne savent pas trop s’il faut les séparer avant. Cela dépend beaucoup des écoles qui se trouvent disponibles et de la façon dont les jumeaux se comportent. Il est compréhensible d’hésiter à séparer des jumeaux qui sont particulièrement très unis. Pourquoi les contrarier sans nécessité ? ou est-ce utile ? De la même façon qu’un enfant a besoin de se séparer de ses parents, les jumeaux aussi, ont besoin de se libérer l’un de l’autre s’ils veulent devenir des adultes autonomes. Il ne faut pas dramatiser cette séparation dans la mesure où elle est graduelle si, dès leur petite enfance, ils ont été incités à être des individus à part entière, à se lancer tout seul de temps à autre et avoir leurs propres amis. Quand des jumeaux très liés sont séparés à l’école, le déchirement peut être aussi grand –sinon plus- que lorsque des enfants quittent la maman. Pendant une période ils peuvent être tristes et désorientés mais c’est nécessaire à un certain moment s’ils veulent tracer leur propre chemin dans la vie.

L’individualité

Vrai ou faux, les jumeaux aiment généralement : 

  • qu’on les reconnaisse
  • qu’on les appelle par leurs prénoms,
  • qu’on les estime pour eux-mêmes
  • qu’on les traite en tant qu’individus 
  • avoir leurs amis et leurs intérêts bien à eux.

Normalement, ils n’aiment pas:
  • qu’on les compare
  • qu’on fasse des histoires (du cinéma !) sur leur ressemblance


C’est bien utile si les professeurs assurent que les autres membres de la communauté scolaire : professeurs, enfants personnel de cantine, etc… connaissent tous ces détails et sont encouragés dès le début de l’année, à considérer les enfants comme des individus. Il faut décourager avec fermeté, toute référence au fait qu’ils sont «jumeaux». Dans le cas de jumeaux vraiment identiques, il sera bien plus facile pour le personnel, l’équipe éducative et les enfants de les reconnaître si vous les habillez différemment. Quand de vrais jumeaux sont dans la même classe, les professeurs sont reconnaissants aux parents qui leur font connaître les traits individuels de chaque enfant ainsi que leurs préférences, toute chose qui contribue à les identifier rapidement et aisément, aidant ainsi à établir leur individualité.

Ensemble

Les jumeaux qui débutent l’école dans la même classe ont très souvent moins de difficultés pour s’habituer que d’autres enfants, ce serait cependant imprudent de compter là-dessus. Une fois installés, on peut alors les placer à des tables différentes et les encourager à faire, dans leur salle de classe, des choses séparément. Il est inutile de les regrouper pour des sorties ou des activités, exception faite quand l’un ou les deux sont particulièrement inquiets. Parents et professeurs ont souvent du mal à éviter de comparer les jumeaux qui sont dans la même classe, la solution est de discuter des progrès de chacun –séparément-. Les jumeaux comme tous les enfants, réussissent si on les encourage et si on les complimente. Quelquefois, mais pas toujours, il peut être prudent d’attendre que l’un soit hors de portée d’écoute pour complimenter l’autre. La même chose d’ailleurs, s’applique aux réprimandes.

Séparation

A moins que les deux jumeaux fonctionnent indépendamment l’un de l’autre dans tous les domaines de la vie scolaire –et c’est rare-, il est bon pour eux de s’habituer à fonctionner séparément dans les premières années en les plaçant, lorsque cela est possible, dans des classes différentes. C’est aux professeurs et aux parents de coopérer étroitement pour savoir quand et comment c’est le meilleur moyen de les séparer. Quand on songe à les séparer à l’école, il ne faut pas oublier d’avoir en tête ces quelques questions :

  • sont-ils vraiment concurrents l’un de l’autre ?
  • ce qu’ils réalisent pour leur satisfaction est-il trop semblable ?
  • l’un manque-t-il de confiance en lui dans un certain travail alors que l’autre en est très capable ?
  • l’un des deux persiste-t-il à superviser ou organiser l’autre ?
  • l’un des deux recherche-t-il l’approbation de l’autre ?
  • Prend-il de façon logique, l’initiative en tout, même quand il s’agit du domaine intellectuel ou du développement social ?


On le sait fort bien que chez les jumeaux, l’un compte sur l’autre pour tout raconter aux professeurs, trouver ce qu’on attend d’eux, se faire des amis et se protéger. Les professeurs peuvent cerner, apprécier l’influence que l’un a sur l’autre quand l’un des deux est absent pour quelques jours ou quelques semaines. Si les enfants ont été préparés à cette séparation et qu’elle se passe dans une maternelle où l’environnement est «protégé», il est peu probable que cela cause de gros problèmes. Les jumeaux qui, dès leur petite enfance, ont été encouragés à vivre comme des individus, à sortir séparément, à avoir des copains différents s’habitueront sans problème à se trouver seul en classe.

Les jumeaux qui sont très dépendants l’un de l’autre peuvent trouver la séparation éprouvante, bouleversante au début. Dans la mesure où les parents et les professeurs sont conscients que cette situation peut être contraignante pour les enfants et qu’ils admettent des signes de tension, y compris un comportement désagréable, les jumeaux doivent assez vite trouver l’équilibre. Quand de jeunes jumeaux sont séparés pour la première fois, particulièrement s’ils démarrent l’école dans des classes séparées, il est utile de faire en sorte qu’à la cantine, ils soient assis l’un à côté de l’autre et les autoriser à être ensemble quand leurs classes se réunissent pour une activité particulière. Un fois habitués, il n’est plus nécessaire de leur accorder des «faveurs» ou un «régime» spécial.

Développement du langage

Certains jumeaux mettent un peu plus de temps que leurs camarades à maîtriser certaines étapes du langage. Ce retard dans le développement est dû en grande partie au fait qu’ils ont dû, avant même d’aller à l’école, partager le temps et l’attention de leurs parents. Ceux qui sont «un peu en arrière» rattrapent généralement ce terrain perdu dès la première ou deuxième année scolaire. Pour certains, il faudra peut être un soutien supplémentaire de la part de leur instituteur ou d’un orthophoniste. Quand on sent que l’un ou les deux rencontrent des difficultés, on peut conseiller aux parents de les faire tester par des professionnels.

Aujourd’hui les questions restent les mêmes, malgré les années, même si des études plus récentes nous ont amenés à moduler quelque peu les propos de l’époque.

II. Les jumeaux et l’école

Par Fabrice BAK, psychologue cognitiviste (chargé de cours à l’Université de Savoie, Directeur de l’IFEPCA) - 2006

La gémellité a de tout temps été considérée comme un phénomène hors norme, et ceci encore à notre époque alors que le nombre de grossesses gémellaire a augmenté de façon significative depuis l’apparition des procréations médicalement assistées. Toutes les civilisations de par le monde et de par leur histoire ont été fascinées par les jumeaux. A notre époque, les médias, à travers la littérature, la bande dessinée ou le cinéma, se sont souvent emparés de ce thème qui fascine, interroge, effraie. Nous en voulons pour preuve la diffusion régulière d’émissions concernant les jumeaux sur les différentes chaînes, et les taux d’audience important qui participent de ce que nous pourrions appeler des «cycles» gémellaires. Par delà l’intérêt collectif, une multitude de travaux scientifiques, dont «l’outil» d’étude était les jumeaux, a été réalisée depuis 1859, date de la première recherche sur ce sujet. Si, dans le passé les jumeaux n’étaient considérés que comme des vecteurs pour vérifier l’impact de la «nature» et de la «culture» chez l’homme, leur étude a permis de se recentrer sur eux-mêmes, en tant qu’individu, à partir des années 1930. Et cela, jusqu’à les considérer comme deux êtres ayant des relations différentes de celles que l’on rencontre habituellement, comme l’avait défini René Zazzo.

Est-ce bien en maternelle que la question de la séparation doit être abordée ?

Jusqu’à présent, seuls les aspects psychoaffectifs et psycho-métriques ont été employés afin de comparer ces enfants à une norme : celle de l’enfant unique. Socialement nous retrouvons ce même fonctionnement de part le fait qu’on ne cesse de vouloir ramener le développement des jumeaux à celui d’un enfant unique, pour le bien être de sa personne et de son autonomisation. Ainsi, très tôt, trop tôt, l’école prend cette problématique en charge et sollicite les parents à séparer les enfants afin de favoriser le bon développement individuel de ceux-ci. Mais qu’en est-il réellement, est-ce bien en maternelle que cette question doit être abordée ? Quels sont les critères objectifs qui participent de la mise en place de cette autonomisation précoce ? Pour qu’une séparation soit réussie, quels sont les points auxquels il faut prendre garde ? Notre travail recentre la problématique gémellaire au niveau des liens d’unification et de fusion qui les unissent. Notre approche part d’une élaboration théorique de la modélisation du développement gémellaire. Ainsi, nous repréciserons que ces enfants présentent un développement qui leur est propre et qui ne peut en aucun cas être considéré sous l’angle d’une simple multiplication de difficultés. Il ne suffit pas uniquement de reprendre les bases d’une psychologie de l’enfant et de les appliquer à la population gémellaire. En effet, dans ce cadre nous perdons la spécificité du lien gémellaire car le couple gémellaire n’est pas seulement un couple paroxystique tel que Zazzo l’avait considéré.

Il ne suffit pas non plus de considérer les jumeaux comme des individus hors normes, nécessitant la mise en place de procédures de «dégémellisation» à outrance afin de lutter contre un lien fusionnel qui risque de devenir problématique. Ainsi, la fusion gémellaire ne devient qu’une étape du développement naturel des jumeaux. Nous savons aujourd’hui que les étapes qui étaient considérées jusqu’à présent comme impliquant des difficultés dans la genèse de l’individu à travers la gémellité, sont en fait des étapes qui procèdent du développement naturel des jumeaux. Ces étapes se doivent d’être respectées afin de permettre une autonomisation réelle des enfants l’un par rapport à l’autre au fil des années.

la fusion gémellaire ne devient qu’une étape du développement naturel des jumeaux.

L’idée essentielle que nous restituons au sein de ce travail est l’interaction qu’un sujet établit avec le milieu dans lequel il évolue et qui implique son évolution. L’école participe de cette évolution et en est même un vecteur essentiel. Cet aspect interactionniste est au centre de nos préoccupations. Nous situant sur le plan de la genèse de l’autonomie des jumeaux, notre travail vise à définir les modalités qui participent au développement des enfants sur plusieurs années, les amenant à pouvoir exister non plus en tant qu’individu porteur d’une pathologie, celle de la gémellité, mais comme un individu ayant un lien fraternel avec un autre individu issu d’une même fécondation. Et par là même, comment les accompagner au fil de leur vie pour les aider à devenir plus autonome.

L’école, notamment en maternelle, a très tôt ressenti le besoin de participer à ce qui pourrait être appelé la «dégémellisation», de part son souci de permettre une bonne insertion sociale des enfants.

Nous souhaitons déjà apporter une précision sur ce point : le terme de dégémellisation fut introduit par René Zazzo afin de lutter contre ce rapport de dominant/dominé, qui s’installait de façon pathogène chez certains enfants. La société, prise dans son angoisse existentielle de différenciation des enfants, s’est emparée de ce terme que l’on rencontre fréquemment dans le langage des médias, des pédagogues et autres professionnels de l’enfance. Hors, ce terme sorti de son contexte spécifique est totalement inapproprié pour caractériser la nécessité d’autonomiser les jumeaux l’un par rapport à l’autre. Ainsi, nous considérons que ce terme viserait pratiquement à nier ce lien fraternel particulier qui unit ces deux enfants. On ne peut pas «dégémelliser», on ne peut nier l’existence de ce lien spécifique qui unit ces deux enfants qui ont passé pratiquement neuf mois côté à côte in-utéro, lien qui persistera toute leur vie, lien qui fait du frère ou de la sœur le compagnon de jeux idéal, le confident préféré. Cette caractéristique fait partie intégrante de l’identité de ces enfants. Vouloir la supprimer consisterait à amputer ces enfants d’une partie de leur personnalité.

Les parents vont buter contre certaines idées préconçues, chez les enseignants et les pédagogues.

Il nous apparaît beaucoup plus sage de prendre en compte cette caractéristique et de la faire évoluer vers une autonomisation mutuelle des enfants tout en tentant de préserver cette caractéristique. Toute la difficulté en tant que parents va être d’aider au bon développement du potentiel de chacun en leur permettant d’utiliser cette caractéristique de jumeaux qui leur est propre comme pouvant aussi participer de leur développement. Mais si bon nombre de parents en sont conscients, dès les premières années de scolarité, ils vont buter contre certaines idées préconçues liées à la séparation des jumeaux, chez les enseignants et les pédagogues.

Combien de parents se sont retrouvés un jour face à un enseignant, un directeur ou une directrice d’école, qui le jour de l’inscription des enfants commence à évoquer la nécessité de les séparer pour favoriser leur bon développement réciproque…? Combien de parents se sont retrouvés perdus face à la culpabilité qui leur était renvoyée de vouloir laisser leurs enfants ensemble?

Il est fascinant de constater à quel point cette idée de séparation des enfants est répandue dans le contexte scolaire. Et ceci alors que peu d’enseignants sont en mesure d’expliquer le pourquoi de la chose, si ce n’est en se fondant sur des explications concernant le développement individuel de chaque enfant (encore une fois, le développement des jumeaux est ramené à celui d’un enfant unique). Ou encore de par le fait qu’ils ont déjà eu des jumeaux en classe et qu’ils savent donc comment il faut faire (comme si la pratique empirique permettait l’accession à la connaissance générique).

Faut-il y voir une incompétence du corps enseignant? Non, loin de là, car pour travailler depuis de nombreuses années avec eux, je préfèrerai parler d’une méconnaissance. Les enseignants, comme bon nombre de personnes, sont «contaminés» par la représentation sociale de la gémellité, par la retranscription bien souvent erronée qu’en font les médias. Ces derniers sont fascinés par ces jumeaux fusionnels qui vivent encore ensemble à plus de 50 ans, par ces jumeaux qui ne peuvent vivre à moins de 500 mètres l’un de l’autre, par ceux qui auraient peut-être des perceptions extrasensoriels de préconnaissance de ce que va vivre l’autre (on ne peut imaginer à quel point cette dernière question m’a été posée par de nombreux journalistes). Hors bien souvent, les médias oublient de spécifier que ces cas dont ils sont si friands, ne sont que rares et relèvent d’une réelle pathologie de la relation gémellaire.

Les enseignants sont «contaminés» par la représentation sociale de la gémellité. Ainsi, un enseignant qui regarde une telle émission saisit rapidement le caractère pathogène et malsain de ce qui se joue là, simplement par son bon sens. Ce même enseignant confronté à des jumeaux dans son école ou dans sa classe, n’aura qu’une idée en tête : celle de favoriser le bon développement des enfants, la séparation faisant partie de ce processus. Il y a plus d’un siècle de cela les gens mourraient de la rage… Etait-ce parce que la médecine de cette époque était mauvaise, était-ce parce que les médecins étaient de mauvais médecins…? Il serait aberrant de penser cela. Il en va de même avec la séparation des jumeaux dans le contexte scolaire. Bien souvent celle-ci est proposée sans malveillance mais par simple ignorance du mode de développement des jumeaux.

Les jumeaux passent par 4 étapes spécifiques de développement.

Ce mode de développement est cependant bien spécifique. Ainsi, nous avons pu définir que les jumeaux passaient par 4 étapes spécifiques de développement :

  • une étape de fusion gémellaire entre la naissance et 2 ans
  • une étape de complémentarité, entre 2 et 6-7 ans
  • une première étape d’autonomisation à partir de 7 ans jusqu’à 11- 12 ans
  • une seconde étape d’autonomisation à partir de 12 ans


La fusion gémellaire
: Le développement des jumeaux est spécifique de par le fait qu’il intègre une étape de développement supplémentaire par rapport à un enfant unique. Ainsi, cette fusion gémellaire, qui fut tant décriée et dont on se méfie tant, est une étape de développement tout à fait naturelle. Le développement qui va être amorcé est bien plus celui de l’entité gémellaire que celui de chacun des enfants dans leur singularité. Il y a donc un décalage au niveau de la structuration de la réalité, comparativement à un enfant unique, les jumeaux ayant une étape supplémentaire dans le développement de leur personne. Pourquoi la présence de cette fusion gémellaire…? Les parents de jumeaux savent combien il est difficile de s’occuper des jumeaux en bas âge, ils savent combien il est difficile de leur accorder la même attention, les même sollicitations en décalé. Ainsi, il est très complexe lorsque les deux enfants pleurent, de les considérer comme étant à la source de deux demandes distinctes et individuelles. Bien souvent, si l’un est changé, l’autre le sera aussi, si l’un est nourri, l’autre le sera aussi. C’est donc par nécessité vitale et non par négligence que les parents placent leurs enfants dans cette situation de fusion gémellaire. Et nous avons pu constater la fréquence de ce mode d’interactions au sein des familles avec des bébés.

Nous allons même plus avant en précisant que vouloir favoriser le développement de l’individualité des bébés ne peut amener les parents qu’à rigidifier les interactions établies avec leurs enfants et donc à ne plus être dans la spontanéité des réponses apportées, qu’implique la fonction parentale. Vouloir mettre en œuvre des stratégies trop élaborées pour se centrer sur l’autonomisation des enfants ne peut amener les parents qu’à se perdre eux-mêmes en tant que parents et à ne devenir que des thérapeutes de l’autonomie.

La complémentarité: (de 2 à 6-7 ans) Chez les jumeaux cette période est caractérisée par un développement cognitif parasitaire de l’un des enfants à l’égard de l’autre. L’un des jumeaux se développe d’une façon assez efficiente mais son frère, ou sa sœur suivant le cas, ne développerait que des procédures bien moins efficientes, parfois même totalement inadéquates. René Zazzo avait parlé d’un développement gémellaire sous la forme d’un rapport particulier de dominant et de dominé. Nous savons aujourd’hui que ce rapport n’est en aucun cas figé et ne cesse de fluctuer. Par nécessité de différencier les jumeaux entre eux, les parents et l’environnement cherchent à leur attribuer des caractéristiques qui leur sont spécifiques. Ainsi, l’attachement de la mère pour ses jumeaux va se faire en fonction de celui qu’elle imaginera être le plus dépendant de l’adulte et le moins compétent. Des sollicitations plus poussées lui seront donc soumises.

La construction de la pensée et de la personnalité ne peut se faire qu’à travers des sollicitations portées régulièrement vers l’enfant amenant un processus d’équilibration de la réponse et de la demande. Or, au sein de cette période de complémentarité, les enfants vont être sollicités l’un après l’autre, ce qui produit une possibilité d’action sur le réel réduite. En effet, lorsque l’un des jumeaux est sollicité, et va donc se mettre à construire de nouvelles formes d’organisations de pensée, son frère ou sa sœur va se trouver dans une position de spectateur et non pas d’acteur. Ce n’est que lorsqu’il sera à son tour sollicité que ce qu’il avait observé précédemment va prendre sens dans sa pensée. Cette procédure se réactivant, aux dépens, cette fois-ci du développement de son jumeau. Les sollicitations n’étant jamais exactement identiques vis à vis de l’un ou de l’autre enfant, nous nous situons donc bien dans une dynamique croissante d’organisation, et de développement de la personnalité par paliers successifs. La genèse de la personnalité se fait par «à-coups» amenant le développement que nous caractérisons de complémentaire du point de vue extérieur, mais de «parasitage cognitif» sur le plan de la personne.

Ce mode de structuration par «à-coups» est un élément essentiel qui nous permet d’expliquer le retard qu’ont les couples de jumeaux dans leur développement. Bien que les structures qu’ils mettent en place leur permettent de s’adapter à la réalité, d’intégrer toute sa complexité, le temps qu’ils mettent à les construire est bien plus long que chez des enfants uniques.

Le développement de l’autonomie (première étape : entre 7 et 12 ans): Le milieu dans lequel évoluent les jumeaux impliqués au second stade du développement dans le processus de «parasitage» cognitif par complémentarité, va pouvoir, dans la période suivante, atténuer les répercussions d’un tel mode d’interactions. Ainsi, chacun des jumeaux va à son tour se trouver placé au centre des interactions que le milieu établit avec le couple gémellaire. Les jumeaux vont donc avoir la possibilité de développer des structures plus efficientes, se libérant du lien gémellaire les emprisonnant dans cette complémentarité de l’étape antérieure.

Une certaine forme d’autonomisation pourra donc être atteinte au cours de cette troisième étape. Les sollicitations vont se diversifier au cours de cette période du développement et vont toucher chaque enfant en tant qu’individu et non plus l’entité gémellaire, ou l’un des jumeaux par rapport à l’autre. La sco larité et la séparation qui est effective au sein de ce nouvel environnement amène un rééquilibrage des sollicitations structurantes. Ainsi, le retard amorcé au cours des périodes de développement précédentes va s’atténuer.

Nous pourrions penser que cette étape d’autonomie pourrait s’amorcer au sein des périodes de développement antérieur, grâce à des rééquilibrations internes au couple gémellaire, que l’enfant le moins compétent serait en mesure de combler son manque de développement par l’intermédiaire de son jumeau, celui-ci venant suppléer aux carences interactionnelles induites par l’environnement. Cette hypothèse ne semble pas envisageable dans la mesure où même si ces enfants sont dans une relation de coopération privilégiée de par leur proximité, ils n’ont aucunement conscience de ce qui sera induit chez leur partenaire. Seul un médiateur extérieur à la fratrie gémellaire peut mettre en place ce processus et jouer le rôle de régulateur.

Ces étapes du développement gémellaire sont bien des étapes intégratives dans le sens où les enfants ne peuvent atteindre la première étape d’autonomie sans être passés par l’étape de complémentarité. Chaque étape se succède et intègre la précédente. Ainsi, nous n’avons pas une superposition d’étapes les unes après les autres, les parents modifiant inconsciemment leur comportement à des moments précis du développement de leur enfant. Les modifications des sollicitations ne se produisent que dans un rapport interactif. Ainsi, ce sont les enfants eux-mêmes qui sollicitent les modifications comportementales à leur égard et qui vont permettre la disparition de sollicitations unificatrices pour être remplacées par des sollicitations au niveau de la complémentarité. En effet, l’évolution naturelle de leur organisation cognitive les amène à activer des comportements qui vont impliquer une modification interactionnelle l’un à l’égard de l’autre, mais aussi avec le milieu. La complémentarité mise en place, cette dernière va permettre de restructurer le lien gémellaire sur un mode équilibré dans le sens où l’enfant n’entre pas dans un fonctionnement pathologique de comparaison et de dépendance avec son jumeau. L’étape antérieure d’unification va permettre d’atténuer cet élément afin de ne pas se retrouver dans une situation de conflits permanents.

Ainsi, l’étape initiale d’unification au sein de l’entité gémellaire apparaît comme étant fondatrice de ce que sera le lien gémellaire qui lie ces enfants entre eux. Il est essentiel de la comprendre dans ce sens et non pas comme étant un stade pathologique du développement gémellaire. Si effectivement elle pourrait être considérée sous cette forme au regard du développement individuel, ces enfants, de par leur naissance sont placés sous le signe de la gémellité. La seconde étape, que nous avons qualifiée de complémentarité, ne peut exister et ne peut être dépassée si celle de l’entité gémellaire n’a pas été vécue. En effet, cette période est fondamentale dans le sens où elle permet aux enfants de passer par un niveau de transition avant d’accéder à l’autonomie complète.

Le lien gémellaire ne représente pas une pathologie, mais est un lien fraternel spécifique.

L’entrée dans l’autonomie va pouvoir s’effectuer à partir du dépassement de la complémentarité gémellaire, ce qui permet aussi de situer les aptitudes propres de chacun des enfants. Cette autonomie n’étant pas une négation de la gémellité ou une dégémellisation à outrance, mais bien plus la prise en compte de la capacité à vivre sa propre vie, d’avoir ses propres envies, en dehors de l’approbation ou de la présence de son jumeau. Le lien gémellaire est toujours présent mais ne représente pas une pathologie, il est un lien fraternel spécifique.

La prise en compte du développement gémellaire nous amène donc à identifier que l’autonomie des enfants l’un par rapport à l’autre ne peut être envisagée avant 6-7 ans, c’est-à-dire avant l’entrée en primaire, dans la majorité des cas. Il va de soi que certains parents peuvent solliciter une autonomie plus précoce mais il faut être vigilant quant à sa mise en place. Cette dernière doit se comprendre et être analysée en fonction de la souffrance que les enfants peuvent parfois vivre. Cette information se trouve être vitale et peut en tout point être expliquée aux enseignants afin de plus envisager la séparation comme un fait nécessaire et imposé mais comme un moment de passage bien défini du développement des enfants.

Ceci posé, il nous faut cependant prendre un certain nombre de précautions concernant cette séparation des jumeaux dans le contexte scolaire. En effet, au regard de ce que nous avons précédemment exposé, il semblerait que tous les jumeaux accèdent à cette étape d’autonomie à partir de 6-7 ans. Malheureusement, et pour diverses raisons, notre expérience nous a montré que certains enfants ne franchissaient pas toutes les étapes précédemment définies.

Tous les couples de jumeaux n’ont pas un développement aussi théoriquement parfait que celui que nous avons caractérisé.

L’enfermement dans la complémentarité

Nous rencontrons parfois des enfants qui, sortis de la période de complémentarité, n’auraient pas atteint la première étape d’autonomie, à cause d’un milieu qui aurait favorisé un développement cognitif parasitaire. Le lien gémellaire qui unit ces enfants et la dépendance sur le plan affectif trouveraient donc leur source sur le plan d’une étape dépassée. Nous allons trouver des enfants présentant d’une part un retard sur le plan de leur développement cognitif, mais nous devrions identifier l’un des jumeaux comme étant bien plus en retard que son frère ou sa sœur.

En effet, dans la problématique gémellaire, un système préférentiel d’un des enfants sera mis en place, ce qui implique que les sollicitations sont totalement portées sur l’un au détriment de l’autre. Le décalage des deux enfants devrait donc être très marqué, l’un étant plus compétent et efficient que l’autre. A l’âge adulte, l’un des jumeaux serait donc en potentialité d’autonomie, mais qui serait moindre du fait que son frère ou sa soeur serait dans une position d’autonomie partielle. Le lien qui unirait ces deux adultes serait donc de nature psycho-affectif pour le jumeau le plus efficient, le second présentant un manque d’autonomie flagrant, tout devant se faire sous le regard de son frère ou de sa soeur.

Il va de soi que dans ce contexte, la première idée qui vient en tête est de séparer les deux enfants afin de favoriser l’épanouissement de celui qui sera le moins compétent. Mais prenons garde au fait que la séparation physique ne suffira pas à favoriser le développement des potentialités chez l’enfant ayant été le plus touché par ce mode de relation. En effet, le lien gémellaire qui unit ces enfants entre eux implique qu’un des jumeaux est plus compétent que l’autre. Avant de penser à une séparation, il faut pouvoir favoriser le développement des compétences chez celui qui est le plus en retrait. Ainsi, l’accès à l’autonomisation sera vécue comme étant une évidence par chacun des enfants. Dans le cas contraire, l’enfant le moins compétent se sentira perdu sans son régulateur extérieur, sans son jumeau qui était là pour l’aider. De la même façon, celui qui est plus autonome s’inquiètera énormément pour son frère ou sa sœur qu’il sait être moins compétent que lui.

La permanence de la fusion gémellaire

Il nous arrive encore, même si cela devient de plus en plus rare, de rencontrer des jumeaux qui n’ont jamais dépassé l’unification en une entité gémellaire qui était présente au début de leur vie.

L’étape de complémentarité ne se serait pas affirmée ou trop peu, n’ayant laissé aucune possibilité de passage à l’étape d’autonomie. Nous aurions donc des jumeaux qui auraient structuré la réalité selon des procédures peu élaborées, et quasiment identiques, ce qui les amènerait par la suite à mener des vies similaires. Les troubles rencontrés par ces enfants sont d’être très proches l’un de l’autre et très importants. En effet, ces jumeaux présentent un retard de développement très marqué, impliquant des pathologies relationnelles. Le principal problème révélé par ce type de fusion gémellaire va être l’incapacité à se séparer de son frère ou de sa sœur, la faiblesse de développement de la personnalité de chacun des enfants impliquant un renforcement du lien gémellaire qui les unit.

Encore une fois, et peut-être encore plus que précédemment, toute personne confrontée à cette situation aura en tête le fait de séparer les enfants afin de les sortir de cette étape de fusion gémellaire. Mais là aussi, la séparation immédiate est à proscrire. En effet, une séparation imposée en primaire alors que les jumeaux sont en pleine fusion n’amènera qu’un maintien de cette fusion gémellaire. Une recherche sans fin de cet état que les jumeaux considèreront comme bénie d’une totale fusion avec l’autre. Ce lien sera donc intériorisé et participera totalement au développement futur des enfants.

Il est donc important de les amener progressivement à l’étape de complémentarité avant d’accéder à celle d’autonomie. Là se situe le rôle essentiel de ceux qui veulent aider ces enfants dans leur développement.

La question de la séparation doit être envisagée avec beaucoup de précaution

Comme nous l’avons vu, la question de la séparation des jumeaux est loin d’être aussi évidente que certains pourraient le penser, et elle doit être envisagée avec beaucoup de précaution. Si nous devions définir les critères permettant de minimiser les risques pris avec le développement des enfants, il faudrait prendre en compte : 

  • L’étape du développement gémellaire dans laquelle ils se situent ( étape qui peut totalement être définie par un spécialiste du développement des jumeaux, et de façon scientifique par des bilans)
  • L’accompagnement que peut offrir l’école et les enseignants de ce processus
  • La volonté des enfants de se voir séparés et d’avoir la possibilité de développer, chacun, son propre cercle de relation

Encore une fois, il faut pouvoir aller doucement dans sa volonté d’aider les enfants à développer leur propre personnalité et leurs propres potentialités. La séparation physique n’est pas LA réponse au bon développement des jumeaux. Elle est une action précise et lourde de conséquences qui doit être bien pesée avant sa mise en œuvre, ceci en prenant le temps de bien analyser la situation rencontrée. Sans vouloir aller trop vite (la séparation des enfants ne commençant à être discutée qu’en primaire), afin de préserver ce lien qui est le leur et qui peut tout à fait être moteur dans leur développement. Une compétition bienveillante peut tout à fait exister entre les jumeaux, les amenant à se dépasser réciproquement sous le regard bienveillant de leurs parents. Et il n’est pas un mythe que de voir des jumeaux se portant bien à l’âge adulte, se contactant ponctuellement, ayant un interlocuteur privilégié (son frère ou sa sœur) plus important que son propre conjoint. Mais effectivement, ceux-ci n’intéressent pas les médias qui vont certainement les trouver «trop normaux». 
 
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