07-02-2012
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Mon expérience sur la prématurité Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

J'ai accouché de mes triplés à 32 semaines de grossesse. Même si j'avais regardé des reportages à la TV sur des prémas, même si j'avais lu pas mal de littérature sur le sujet, même si j'avais été prévenue très sincèrement et très professionnellement  par mon gynéco, je n'en ai pas moins été bouleversée lorsque j'ai vu mes trois petits, tout petits bébés dans leurs couveuses respectives.

Les tuyaux, les branchements sur ces petits êtres, les miens, ces machines qui font bip bip partout et tout le temps, ces visages émaciés, ces longs bras et ces longues jambes (tout est relatif, ils étaient grands mais maigres), le costume à enfiler, le masque à porter, la lumière à supporter, les blouses blanches partout, le manque d'intimité avec ses propres enfants, l'impossibilité de les toucher ou si peu, si précautionneusement, en évitant les fils, une main maladroite par la minuscule trappe de visite de la couveuse.

Et puis les "maladies" et autres soucis des prémas, la descente du poids, inévitable mais qui prend un sens totalement différent : pour eux, 100 g de moins, c'est énorme. Le respirateur, l'apnée, l'ictère, les problèmes de digestion, etc...

Mais à côté de cela, une équipe formidable, la possibilité d'aller voir les bouts de chou tout le temps, jour, nuit, un câlin par-ci, un mot tendre par-là, l'impression presque d'être une mère, sans les enfants dans sa chambre et encore moins dans les bras. Essayer de jouer le rôle de mère et de père à travers une vitre, avec des contacts physiques restreints, mais ô combien appréciés.

En temps que parents de préma, nous avons un énorme avantage sur les autres parents qui devrait les faire pâlir d'envie : nous savons, nous, par le taux d'oxygénation, merci les machines, que nos bébés, tout petits qu'ils soient, tout préma qu'ils soient, tout mal en point qu'ils soient, nous savons qu'ils nous reconnaissent. Qu'ils savent que nous sommes les parents, pas la sage femme, pas le gynéco, pas la puéricultrice, pas le pédiatre, ils savent que nous sommes les parents, ils sentent que nous les aimons déjà depuis longtemps, et que nous les soutenons dans leur courageuse lutte pour la vie.

C'est un moment à la fois pénible et riche d'enseignement, ça nous met le moral à zéro mais nous permet aussi des joies immenses dès la première respiration autonome, le premier fil débranché, le premier bib avalé, les premiers grammes repris.

Nous avons juste des références différentes, des angoisses différentes, des joies différentes. C'est tout. Mais il vaut quand même mieux accoucher à terme, cela nous paraît tellement plus simple et plus sympa, moins déprimant, les femmes qui accouchent et qui ont leur bébé près d'elles tout de suite. Cela doit être vraiment bien, vraiment mieux.

Marie-Pierre, maman de Antoine, Solène et Maxime  - décembre 2000

 
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