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Une famille en 3D par
Marie Huret
Les 101 Dalmatiens ont
beau aboyer dans la télé en marche, on n'entend que lui, Dali: la bouille
peinturlurée de purée, il hurle. Perché sur sa chaise, son frère Fatih crache
une bouchée, le troisième, Amazir, jette sa cuillère. Sportif, un déjeuner de
triplés! Un an et demi après leur naissance, leur mère, Sabiha, 29 ans, est
rodée: elle secoue un biberon, ajuste un bavoir, déplie un Kleenex, comme si
elle agitait dix bras. Son mari, Kamel, 39 ans, tape dans un ballon sur le tapis
avec leurs filles, âgées de 6 et de 2 ans et demi. Cinq enfants, il fallait s'y
attendre, il y avait déjà des jumeaux dans leur famille. De la gêne inscrite
dans leurs gènes: «Au début, c'est l'enfer, confie Kamel, les nuits blanches,
les petits qui se griffent, se mordent. Mais il y a aussi de la joie!»
C'est une PME familiale
qui tourne à plein régime, le jour et la nuit: 24 biberons en 24 heures, 50
petits pots par semaine, 130 packs de lait et 120 litres d'eau par mois, livrés
par camion à la maison. Une impression d'ivresse saisit le visiteur qui
franchit l'entrée: on voit tout en triple, trois Baby Relax, trois parcs. Avoir
un bébé, ça change la vie, trois à la fois, c'est un cataclysme. Projetées de
la Twingo à la 806, du F 2 au 80-m2, à la suite d'une grossesse naturelle ou
d'un traitement de la fertilité, les tribus de triplés sont de plus en plus
nombreuses en France. «Je calcule les stocks de nourriture, je passe les
commandes, comme si je gérais une petite entreprise», raconte Anne-Cécile, 34
ans, qui élève ses cinq enfants avec son mari, chef d'entreprise. L'autre jour,
deux pépés, attablés au bistrot, ont gloussé devant le défilé de la smala,
Irina, 5 ans, les triplés, Marie, Thomas et Julie, 2 ans et demi, et enfin
Alice, 17 mois: «Elle a du rendement, cette mère-là!»
Plus que la majorité
des Françaises, dont le taux de fécondité s'élève à 1,9 enfant en moyenne. Mais
trois quarts des jeunes mères rêveraient aujourd'hui d'une famille nombreuse -
3 ou 4 enfants - selon le sondage du magazine Parents daté du mois de juillet.
Encourager le désir d'enfant sera d'ailleurs l'un des thèmes forts de la
Conférence de la famille, fixée traditionnellement au printemps mais qui vient
d'être repoussée à la rentrée de septembre à la suite du remaniement
ministériel. Selon le rapport remis au gouvernement par le président de l'Unaf,
Hubert Brin, il manque «60 000 naissances à la génération née en 1970 pour
assurer son renouvellement». Si les problèmes d'argent et de garde freinent la
fécondité, les progrès de la procréation médicalement assistée (PMA), en
revanche, entraînent une explosion des grossesses multiples: le nombre
d'enfants qui en sont issus a augmenté de 40% entre 1995 et 2001, atteignant
4,2% du total des naissances. «On garde une image idyllique des triplés, on
s'extasie devant leurs poussettes, mais il faut rappeler que ce sont des
grossesses à risque, la moitié des bébés naissant avant le septième mois»,
relève Micheline Garel, psychologue et chercheuse à l'Inserm. Et, de retour à
la maison, c'est l'usine à biberons, le déluge vingt-quatre heures sur
vingt-quatre.
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