19-04-2014
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Une famille en 3D - "L'Express" du 27/06/2005
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triplees

 

 

Une famille en 3D  par Marie Huret

Les 101 Dalmatiens ont beau aboyer dans la télé en marche, on n'entend que lui, Dali: la bouille peinturlurée de purée, il hurle. Perché sur sa chaise, son frère Fatih crache une bouchée, le troisième, Amazir, jette sa cuillère. Sportif, un déjeuner de triplés! Un an et demi après leur naissance, leur mère, Sabiha, 29 ans, est rodée: elle secoue un biberon, ajuste un bavoir, déplie un Kleenex, comme si elle agitait dix bras. Son mari, Kamel, 39 ans, tape dans un ballon sur le tapis avec leurs filles, âgées de 6 et de 2 ans et demi. Cinq enfants, il fallait s'y attendre, il y avait déjà des jumeaux dans leur famille. De la gêne inscrite dans leurs gènes: «Au début, c'est l'enfer, confie Kamel, les nuits blanches, les petits qui se griffent, se mordent. Mais il y a aussi de la joie!» 

C'est une PME familiale qui tourne à plein régime, le jour et la nuit: 24 biberons en 24 heures, 50 petits pots par semaine, 130 packs de lait et 120 litres d'eau par mois, livrés par camion à la maison. Une impression d'ivresse saisit le visiteur qui franchit l'entrée: on voit tout en triple, trois Baby Relax, trois parcs. Avoir un bébé, ça change la vie, trois à la fois, c'est un cataclysme. Projetées de la Twingo à la 806, du F 2 au 80-m2, à la suite d'une grossesse naturelle ou d'un traitement de la fertilité, les tribus de triplés sont de plus en plus nombreuses en France. «Je calcule les stocks de nourriture, je passe les commandes, comme si je gérais une petite entreprise», raconte Anne-Cécile, 34 ans, qui élève ses cinq enfants avec son mari, chef d'entreprise. L'autre jour, deux pépés, attablés au bistrot, ont gloussé devant le défilé de la smala, Irina, 5 ans, les triplés, Marie, Thomas et Julie, 2 ans et demi, et enfin Alice, 17 mois: «Elle a du rendement, cette mère-là!» 

Plus que la majorité des Françaises, dont le taux de fécondité s'élève à 1,9 enfant en moyenne. Mais trois quarts des jeunes mères rêveraient aujourd'hui d'une famille nombreuse - 3 ou 4 enfants - selon le sondage du magazine Parents daté du mois de juillet. Encourager le désir d'enfant sera d'ailleurs l'un des thèmes forts de la Conférence de la famille, fixée traditionnellement au printemps mais qui vient d'être repoussée à la rentrée de septembre à la suite du remaniement ministériel. Selon le rapport remis au gouvernement par le président de l'Unaf, Hubert Brin, il manque «60 000 naissances à la génération née en 1970 pour assurer son renouvellement». Si les problèmes d'argent et de garde freinent la fécondité, les progrès de la procréation médicalement assistée (PMA), en revanche, entraînent une explosion des grossesses multiples: le nombre d'enfants qui en sont issus a augmenté de 40% entre 1995 et 2001, atteignant 4,2% du total des naissances. «On garde une image idyllique des triplés, on s'extasie devant leurs poussettes, mais il faut rappeler que ce sont des grossesses à risque, la moitié des bébés naissant avant le septième mois», relève Micheline Garel, psychologue et chercheuse à l'Inserm. Et, de retour à la maison, c'est l'usine à biberons, le déluge vingt-quatre heures sur vingt-quatre.



 
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