
Mots Clefs:
Dossiers
Après la naissance
Dégémelliser et dédramatiser | Dégémelliser et dédramatiser |
|
|
|
|
Conférence de Fabrice Bak, psychologue cognitiviste spécialiste de l’autonomisation des jumeaux, membre du Comité scientifique de la Fédération, directeur de l’IFEPCA (Lyon), chargé de cours en psychologie cognitive et du développement de l’enfant. http://www.cabinet-bak.fr/cabinet-bak-et-associes/fabrice-bak.htm Pour interpeller le M. Bak : Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
En préparant mon intervention j’ai eu un petit problème sur le terme de "dégémelliser", je me suis rendu compte qu’en fait, je n’employais pas ce terme moi-même et que c’est un terme qui n’a finalement pas de sens. Si on le prend au sens littéraire « dégémelliser » veut dire : annuler la relation gémellaire. Comment peut-on faire ça ? Et bien nous nous sommes posés la question, à savoir : Pourquoi est-on aussi obnubilé par cela et pourquoi est-ce que l’on parle autant de jumeaux fusionnels ? Première chose qui m’est apparue : c’était à cause de la non distinction. Il est intéressant de voir que l’on parle de dégémellisation mais pas pour tous les jumeaux. On va en parler pour les jumeaux dizygotes de même sexe ou pour les jumeaux monozygotes, mais on n’en parle pas pour des jumeaux dizygotes de sexes différents. La dégémellisation est finalement un phénomène social. Tout d’abord dans la société, il existe une peur que l’on rencontre qui est celle de « l’unique », la peur d’être confronté aux multiples. Nous mettons suffisamment de temps et de difficulté à construire notre personnalité : que peut-il en être pour deux enfants en parallèle, qui en plus vont se ressembler ? On va retrouver cette peur au deuxième niveau, celui de l’école. La peur de la confusion chez les pédagogues. Nous reviendrons sur l’école et sur tous les bons conseils qu’ils vous donnent, car effectivement tous les enseignants ont une phobie de les confondre ou que l’un se fasse passer pour l’autre. Voilà le grand fantasme pédagogique, parce que concrètement, je ne l’ai pas encore rencontré. Dans d’autres situations, à l’adolescence avec les petites copines c’est autre chose, mais à l’école non. Avant la naissances Finalement cette inquiétude quant à la construction de l’individualité se pose déjà pendant la grossesse. Lorsqu’on annonce à une mère une grossesse gémellaire, elle va passer du plaisir à l’angoisse et à ses premières sensations de plaisir, de quelque chose d’exceptionnel qui nous arrive, succèdent les interrogations. Et finalement, la première angoisse qui va apparaître va être celle de faire le deuil d’une relation individuelle. Chez le père, ça va être de trouver sa place, sachant qu’il a un impératif, plus pragmatique, de penser par exemple à changer de voiture. En effet, les monospaces ça fonctionne bien avec des jumeaux. Les mères sont envahies par une multitude de sensations allant de l’angoisse, de la fierté, de l’incertitude à des moments de remise en question. Ce qui va générer le fait que les jumeaux vont être « sur attendus ». Concrètement, il faut pouvoir faire des courses, s’organiser pour acheter des couches. Et puis ensuite définir les rôles de chacun. Quand vous attendez des jumeaux, vous en parlez autour de vous et on va commencer à vous donner des milliers de petits exemples sur le fait qu’il faut dégémelliser et sur tous les problèmes qui vont surgir. Lorsque vous faites de l’écoute ou de l’accueil téléphonique auprès de futurs parents, il faut pouvoir leur dire qu’il est important d’accepter l’éventail des émotions. Des émotions qui peuvent parfois être très violentes. Comme me l’a dit un jour une mère « j’ai l’impression qu’il y a des choses qui grouillent dans mon ventre ! ». C’est une émotion tout à fait naturelle, ils sont deux, ça remue ! Dites-leur également qu’il faut parler de ses sentiments, de ses angoisses avec son compagnon et oublier son rêve d’un seul bébé. C’est un élément central, car parfois, certaines mères ont des difficultés à faire ce deuil d’un seul bébé et elles risquent de mettre en place une relation fusionnelle entre leurs jumeaux. Il faut faire également des projets, se préparer. Faire des projets, ce n’est pas simplement penser au moment où ils seront là mais aussi penser à l’éventualité d’une chambre supplémentaire, changer de maison. Enfin, pour finir, il faut surtout penser à se faire aider. Parce qu’effectivement, lorsque les jumeaux arrivent, on se dit, à travers tous ces sentiments positifs que l’on ressent, qu’on va pouvoir s’en occuper sans trop de difficultés. Si en plus on a eu un enfant unique avant, on se dit que c’est juste deux fois plus de travail. Ce n’est pas ça du tout. Il est vital de pouvoir préparer un projet d’aide ou d’entraide avec des amis, des parents au moment de la naissance. Quand les enfants sont là Quand les enfants sont là, il y a des modifications de vie très concrètes au niveau de l’habitat, de la voiture, mais aussi de la relation aux autres. Quand vous allez voir vos amis, c’est une expédition, ils appréhendent votre arrivée. Heureusement ils ne sont pas tous comme ça, il y en a de très sympas, qui vont vous aider. Il y en a d’autres que vous repèrerez assez vite. -« Je viens prendre le thé ! » -« Non, c’est moi qui viens chez toi si ça ne te dérange pas, on aura le temps de parler ». Il apparaît très rapidement la nécessité d’être aidé pour ne pas s’isoler. A travers ce sentiment qui est présent d’être exceptionnel, on retrouve ce regard de la société, parce que finalement le fait de dégémelliser, c’est aussi le regard social. Pour citer un exemple, vous l’avez toutes vécu quand vous sortez avec vos bébés dans la rue. Une course banale de cinq minutes peut vous prendre 1 heure. On va vous arrêter tous les 10 mètres avec des réflexions du genre : « Ho, ils sont deux !... Qu’est-ce que j’aurais aimé moi aussi ! ». On est disciple zen, on apprend la méditation transcendantale et on se dit que le troisième qui nous dit ça, on ne sait pas comment on va réagir. Plus sérieusement, ce regard social pèse et peut en arriver à être dérangeant. Il y a aussi le regard de la famille et là on est confronté à mille et un conseils. Par rapport à ces conseils - et Dieu sait s’il y en a car tout le monde a lu, vu, entendu, sait, connu… -, quand on vous donne un conseil, posez la question du « POURQUOI ? » -« Ben tu le sais bien ….ben je l’ai lu un jour……heu à la télé….., ils l’ont dit ! » Oui mais « POURQUOI ? ». Tout conseil cohérent doit pouvoir s’expliciter. Autrement c’est un préjugé. L’angoisse de la non distinction Mais d’où vient cette angoisse ? De la fascination des jumeaux, et de l’impact des médias. Il est inutile de dire que beaucoup d’émissions ne donnent pas une image réaliste de la gémellité. Un journaliste d’une société de production m’a contacté. Il préparait une émission dans laquelle ils voulaient apparemment changer la vie des gens en faisant des choses incroyables. Ils avaient trouvé des jumeaux, séparés à l’âge de 10 ans qui ne se sont pas vus depuis 25 ans et ils allaient les faire se rencontrer. A priori, l’un est un névrosé, extrêmement mal dans sa peau. L’autre a développé une relation homosexuelle et est tout aussi bien dans sa peau. Ce média renvoie une image de la gémellité erronée car ce média est lui-même fasciné par les jumeaux et leur mode de vie fantasmé. Quand vous voyez qu’une telle émission est programmée, prévoyez beaucoup d’appels pour dire : « NON ce n’est pas ça ! Ca c’est de la télé médiatique ! Ce n’est pas la vraie vie ! C’est la vie perçue et répercutée par de la télévision soucieuse de l’audimat. ». Les jumeaux et les pédagogues Vous avez ensuite l’impact des pédagogues qui bien sûr, savent tous qu’il faut séparer les enfants, c’est évident ! Pourquoi ? Trois raisons ont été identifiées : - « Pour les rendre comme les autres ». Comme si la gémellité était quelque chose de pathologique. Pour moi, ce sont deux enfants avant tout. - « Le fait que la séparation physique favorise l’indépendance ». Pour reprendre le cas des jumeaux dont je vous ai parlé. A priori, malheureusement, ces deux personnes vivent une situation où ils ne sont jamais sortis de leur fusion gémellaire, si ce n’est que ça leur a été imposé à l’âge de 10 ans et depuis il y a une faille dans la construction de leur personnalité. Nous pouvons donc nous poser des questions sur la séparation physique. La panacée c’est d’entendre « j’ai déjà eu des jumeaux dans ma classe, c’est comme ça que l’on fait ». Voilà comment le particulier d’un enseignant va devenir quelque chose de général. - Et il y a eu le « petit manuel du Zazzo appliqué » avec tous les bons conseils : les habiller différemment, avoir des chambres différentes, leur offrir des jouets différents, attention aux appellations « les jumeaux » etc. Ce qui est assez ambivalent avec ces conseils, c’est qu’ils sont cohérents. Bien entendu, on ne peut pas les remettre en doute. Toute personne cohérente ne peut pas dire qu’il faille les habiller de façon identique, qu’on les mette dans le même berceau. Maintenant, on part d’un principe c’est qu’en appliquant ces conseils et uniquement ces conseils-ci, on va favoriser le bon développement des enfants. On le sait, mais l’élément central dont on ne parle pas c’est la relation qui va être établie entre les parents et leurs enfants et comment les parents vont percevoir la relation gémellaire. Ce n’est pas forcément gênant d’habiller les enfants de façon identique ou de leur offrir des jouets identiques, si c’est ponctuel. Avoir des chambres différentes ? Tout le monde n’a pas la possibilité de changer de maison ou de faire une annexe pour avoir une autre chambre. L’entité gémellaire Autre élément aussi important entre la naissance et deux ans, c’est l’étape supplémentaire de développement qui n’existe pas chez un enfant unique, celle de l’entité gémellaire. Elle va se faire entre la naissance et deux ans. Ce qui va provoquer un petit retard de développement mais qui va se combler tout à fait naturellement et qui bien souvent passe inaperçu. Pourquoi cette entité gémellaire ? Pour prendre un exemple parmi tant d’autres, que vous avez tous vécu : lorsque deux enfants pleurent, si l’un vous a notifié qu’il avait faim vous allez nourrir les deux. Je passe sur tout ce qui a été évoqué ce matin concernant l’allaitement mais effectivement, ce que j’entendais, ce qui revenait régulièrement, c’est la difficulté que vous avez en tant que maman à vous occuper des enfants. Il peut être intéressant pour vous lorsque vous avez des mères au téléphone d’évoquer le fait que d’avoir un lien avec une entité et pas avec chaque enfant, entre la naissance et deux ans, n’est pas forcément gênant. Posez aussi la question de savoir si les enfants ont eu une prématurité importante, des problèmes médicaux graves à la naissance ou une séparation prolongée de la mère. Parce qu’on sait que dans cette étape, si ces facteurs sont présents, l’étape dite d’entité gémellaire n’existe pas. Ces parents risquent de ne pas du tout se poser la question de l’individualisation des enfants parce qu’ils la font déjà. Ce que l’on sait, c’est qu’à ce moment-là, la mère est plus proche de l’enfant le moins atteint sur le plan somatique et que cette préférence peut perdurer jusqu’aux 3 mois environ, pour s’inverser ensuite. On trouve parfois des enfants et malheureusement ensuite des adultes, qui sont pris dans une fusion gémellaire. Encore une fois, c’est une chose extrêmement rare, même si on tente d’en faire une généralité (merci certains médias). On a des enfants qui n’ont pas atteint l’étape d’autonomie qui existe aux alentours de l’âge de 6 ans et qui ne sont jamais sortis de cette étape dite de complémentarité qui intervient entre 2 et 5 ans. Finalement la séparation se pose à quel moment ? Quand vous les scolarisez ! Avant cette question ne se pose même pas autour de vous ; mais dès que vous les mettez à l’école, les enseignants arrivent avec leur petit manuel de pédagogue appliqué pour les jumeaux. Et la question va se poser de les séparer. On sait aujourd’hui qu’il faut être extrêmement vigilant dans cette séparation avec des enfants qui sont dans cette étape dite de complémentarité. L’un peut être prêt à vivre cette autonomie, l’autre pas du tout. Par conséquent, il y en a un qui va très bien se sentir dans sa peau, et cette autonomie va lui permettre de s’épanouir. L’objectif qui devait être atteint l’est réellement. L’autre pas du tout, parce qu’il était dépendant de son frère ou de sa sœur à ce moment là. Dans des cas plus rares, pour des jumeaux qui n’ont jamais dépassé l’unification totale initiale (qui sont toujours considérés en tant qu’entité gémellaire, bien souvent parce qu’ils sont pris dans une fascination éprouvée par leur environnement vis-à-vis d’eux), là encore la séparation brutale dans leur scolarité va générer énormément de problèmes. Un jour j’ai eu en consultation des parents qui avaient appliqué le « parfait manuel du petit Zazzo », ils avaient tout fait pour dégémelliser, depuis la naissance. Des parents qui avaient une certaine culture et qui avaient été chercher des livres, en Angleterre, aux Etats-Unis. Ils avaient extrait de ces livres tout ce qu’il fallait pour dégémelliser. Avant même de penser à leurs enfants, ils avaient pensé à cela et tout était fait dans ce sens. Ils ont oublié l’identité première de leurs enfants, qui était d’être des jumeaux, tout simplement. Lorsque je les ai vus arriver à l’âge de 7 ans, ils se sont présentés souvent en consultation, parce qu’il y avait d’importants problèmes de violence de l’un vis-à-vis de l’autre. Vous savez que la violence existe entre jumeaux, vous l’avez tous vécue avec vos enfants, mais chez eux c’était très marqué, voire dangereux, une violence qui pouvait se tourner sur l’environnement. Lorsqu’on a démonté le processus interactionnel dans lequel ils avaient été pris, tous ces processus visaient à les considérer comme deux enfants uniques et non pas à un moment donné comme étant une entité jumeaux. De la même façon, lorsqu’on a des enfants qui sont totalement fusionnels, on peut vous proposer de les séparer en se disant qu’il faut les scinder, que chacun soit dans une classe, qu’ils aient chacun leurs propres amis. Mais que fait-on de cette étape dite de complémentarité qu’ils n’ont pas passée ? Il faut effectivement leur permettre de passer d’abord par cette étape pour accéder à celle de l’autonomie et donc d’individualisation. On sait aujourd’hui que les liens de dépendance qui unissent les jumeaux entre eux sont dus à un développement cognitif parasitaire. C’est-à-dire qu’il vont structurer des logiques cognitives intellectuelles qui peuvent être défaillantes et donc favoriser un lien gémellaire intense. Ces difficultés vont rétroagir à différents niveaux. - Au niveau du langage. On a des enfants qui vont être pris dans des problématiques d’acquisition du langage oral ou écrit. - Sur le plan psychoaffectif, des difficultés à se positionner, à se séparer de son frère ou de sa sœur. - Et sur le plan cognitif, sur trois registres : les modalités de raisonnement, des problèmes d’organisation sur le plan spatial et des difficultés de généralisation. Alors, comment les aider ? Dans un cas de fusion, le premier élément est la modification du système relationnel établi avec eux. Concrètement cette non accession à la complémentarité va générer des difficultés d’acquisition sur le plan scolaire, et interactionnel parent/enfant. Vous verrez, lorsque je parlais de ces aides, à aucun moment je ne parle de séparation des enfants, celle-ci ne sera que la conséquence des aides apportées. Elle n’est pas la première étape de ce que l’on va faire. Le deuxième élément est que l’on va proposer le suivi des deux enfants. On utilise une technique dite de re-médiation cognitive par deux thérapeutes différents. Hors de question que ce soit les mêmes. Un exemple de ce que j’ai pu vivre : lundi dernier, une maman vient avec ses jumeaux, appelons-les Pierre et Henry, et me dit : « Je leur ai fait faire un bilan orthophonique. Voici les comptes rendus que j’ai reçus, je suis un petit peu embêtée. ». On prend le compte rendu d’Henry, il commençait par Henry et finissait par Pierre. C’est-à-dire que l’orthophoniste avait totalement été pris dans une fascination des enfants et dans le lien gémellaire. Il ne s’en est même pas rendu compte. La mère oui, en lisant les comptes rendus. Dans un cas de complémentarité, on va porter une aide, paradoxalement, chez l’enfant le moins touché, chez celui qui va bien globalement d’abord. Pourquoi ? Pour qu’il puisse accepter les modifications qui vont être induites chez son frère ou sa sœur. C’est dans ce cadre là, où il y en a un des deux qui est autonome mais qui a pris l’habitude de fonctionner avec son frère ou sa sœur ayant une difficulté. C’est un peu le « bâton » sur lequel s’appuyait son frère ou sa sœur. Mais que deviendra-t-il le jour où son jumeau ou sa jumelle n’aura plus besoin de s’appuyer sur lui ? Quelle sera sa fonction dans le lien gémellaire ? Il ne sait plus, et on va le préparer à ce changement. Ensuite, on va aider l’autre, celui qui sera le moins compétent, qui aura le plus de difficultés à se construire, et au fil des mois, on va revoir ponctuellement le premier enfant pour parler des changements qu’il vit dans la relation avec son frère ou sa sœur. Il arrive aussi, et c’est génial quand j’en vois, que des parents viennent me voir quand ça va bien, quand on a une étape d’autonomie qui est atteinte, en demandant s’il faut les séparer. Effectivement, on peut le proposer parce qu’ils ont atteint l’un et l’autre une étape d’autonomie entière et la séparation se vit sans aucune difficulté et aucun suivi n’est proposé à ce moment là. Préparer la séparation, ne jamais l'imposer Une chose essentielle au niveau de la séparation : elle est différente pour chaque couple de jumeaux et il est extrêmement difficile de dire que c’est à cet âge là qu’il faut la faire. Personnellement j’estime, au regard des études qui ont été faites, que la question se pose à partir de l’entrée en primaire et non en maternelle. Vous aurez toujours autour de vous des parents qui auront fait cette séparation à 3 ans et demi, 4 ans et pour qui ça ce sera très bien passé. Encore une fois, ne pas prendre la cas ponctuel comme étant une généralité. Deuxièmement, il faut préparer la séparation, et ne jamais l’imposer. Sur le modèle d’imposition : deux enfants arrivent à l’école, les parents se sont débrouillés pour qu’ils aillent dans la même classe, les enfants rentrent le soir, et ils ont été séparés. Oui, le directeur d’école savait qu’il fallait les séparer. Pourquoi en parler aux parents ? Les petits n’ont rien compris et le lendemain ils ne voulaient plus aller à l’école. Cette séparation doit être verbalisée, explicitée. De la même façon, il ne faut jamais faire de séparation dans un contexte psycho affectif déstabilisant. Prenons le cas d’une séparation proposée à une famille qui vit des évènements déstabilisants et qui demande au couple de se recentrer sur lui. « Mais vous savez, là c’est l’âge, ils sont en grande section, il faut les mettre chacun dans une classe». Le couple est tellement pris dans la problématique qui l’occupe, qu’il fait confiance au pédagogue. Après tout, il sait, il est au courant. Or, si le couple est pris dans une difficulté spécifique, les enfants vont le ressentir et cela ajoute une autre difficulté au contexte scolaire. Il faut y aller doucement. On stabilise d’abord l’environnement familial et ensuite on va apporter une réponse où on va mettre en place la séparation. Accompagner le développement de la personnalité Comme je vous le disais au départ, « dégémélliser » pour moi c’est une négation du lien gémellaire et je préfère évoquer le fait d’accompagner le développement de la personnalité. Comment ? Simplement en observant les enfants, en découvrant les préférences qu’ils ont et les respecter. Acceptez aussi le fait que les jumeaux seront toujours l’un pour l’autre le compagnon idéal, plus encore que la maman ou le papa. C’est une réalité un peu frustrante surtout quand ils sont petits. Lorsqu’à l’âge de 6 ans et demi, 7 ans, 8 ans, il y a un souci, le premier à le savoir, c’est le frère ou la sœur. C’est un peu irritant, mais c’est vrai qu’ensuite, à l’âge adulte, ce qui est fantastique c’est qu’ils vont pouvoir bénéficier de quelqu’un qui va les comprendre assez facilement. Nous sommes tous quelque part dans cette quête, dès lors que l’on créé un couple, de trouver quelqu’un qui va nous comprendre. Eux l’auront. Favorisez l’émulation réciproque et non la compétition. Souvent je suis confronté à cette question pour des enfants au même niveau scolaire: « Ils ont le même programme, est-ce qu’il faut les faire travailler l’un à côté de l’autre ? ». Pourquoi pas ! Ce qui est fantastique c’est que la question ne se poserait pas s’il s’agissait d’un enfant unique qui invite tous ses copains pour travailler ensemble, mais avec des jumeaux on se la pose. La petite différence, c’est qu’en tant que parents, il faut savoir se positionner en tant que médiateur. Pour prendre un exemple pragmatique : Ils font un exercice. Celui qui a fini le premier va être tenté de répondre à la place de son frère ou de sa sœur. Intervenez : « Attends ton frère n’a pas fini ! », ensuite faîtes les échanger leurs techniques pour arriver au résultat. Utilisez le lien gémellaire qu’ils ont dans une émulation réciproque. C’est impressionnant quand ils sont pré ados, ils ne sont plus dans la même classe, et quand il y en a un qui ramène une note l’autre renvoie « Ha la vache ! La semaine prochaine faut que je fasse mieux que lui ». En même temps ça les amuse, c’est devenu un jeu. Mais pas un jeu destructeur de compétition. Ils ne diront pas « je suis bon en math, il est bon en français ». Ils essaient de se dépasser mutuellement. Je crois que finalement, l’élément essentiel, c’est surtout de ne jamais vivre dans les certitudes. Renvoyez ça aux parents que vous avez au téléphone. Il y en a qui sont dans les certitudes. Nos camarades de la télé aiment les certitudes. Cela fait du bien et de l’audimat. Il faut savoir se questionner et surtout accepter ce lien gémellaire. Pour moi dégémelliser, je le dis encore une fois, c’est nier ce lien. Pourquoi le nier ? Il faut l’accepter et permettre aux enfants de vivre avec, de le développer et dans ce lien, de trouver leur autonomie réciproque. Ce n’est pas du tout un mythe, c’est une réalité. Il y a de nombreux jumeaux qui y arrivent, ceux qu’on ne voit pas à la télé parce qu’ils ne sont pas médiatiques. Ils ont des vies comme tout le monde. C’est vrai que c’est un peu embêtant ! Le fait de se lever le matin, d’aller travailler, d’avoir une femme, des enfants, d’appeler son frère une fois de temps en temps pour savoir ce qu’il devient, n’est pas très médiatique. On ne sort pas les kleenex, c’est banal ! Mais je crois, pour finir sur cet élément, qu’encore une fois quand on dit dégémelliser, ce ne sont pas les jumeaux qu’il faut dégémelliser. C’est le regard de la société et des médias sur les jumeaux qu’il faut changer. Et quand vous regardez le problème central de cette dégémellisation, c’est systématiquement la société qui veut attaquer le lien gémellaire. Et je le redis encore une fois les derniers à savoir qu’ils sont jumeaux, sont les jumeaux eux-mêmes. Parce qu’ils n’en ont pas conscience. C’est un terme qu’ils vont intégrer un jour, qui leur est donné de l’extérieur et ce terme n’est pas quelque chose de péjoratif. Ça fait partie de leur lien. Maintenant il faut leur permettre de vivre avec. Il faut lutter avec eux, pas contre eux. Avec eux pour les respecter, leur permettre de se positionner. Lutter avec eux contre les autres, tous ceux qui sont seuls et qui vivent avec une représentation erronée de ce qu’est la gémellité, et j’en fait partie aussi, je n’ai pas de frère jumeau pourtant je travaille dans la gémellité. Je crois que c’est important de lutter contre ce regard des autres, ce regard de la société, alimenté régulièrement par la télé. C’est un cheminement que l’on fait petit à petit dans les écoles. Souvent on est confronté à l’incompréhension de gens, pas forcément à de l’incohérence mais de l’incompréhension, à leurs peurs et à leurs fascinations. Ce n’est idéal que d’être un objet de fascination et les enfants le montrent bien. Maintenant repositionnons le fait que ce sont d’abord des enfants et ensuite des jumeaux, mais ils vont vivre avec cela et je le dis encore une fois, je le dirai toujours, je suis très heureux de rencontrer énormément d’enfants qui viennent me voir, qui vont bien et quand la question de la séparation se pose elle se vit naturellement, parce qu’ils ont atteint des étapes d’autonomie tout à fait naturelles. Cela existe bel et bien et j’espère que ces quelques éléments que je vous ai donnés vous aideront à accueillir ces parents. Et préparez-vous de suite à la prochaine émission, car cela va arriver ! |
| < Précédent | Suivant > |
|---|